Une rencontre-débat a été organisée pour la presse et les réseaux spécialisés ce mercredi 28 avril 2010 par le « Vlaams Audiovisueel Fonds avec comme thème : "Entreprendre en République Démocratique du Congo : l'agriculture comme axe de développement durable? ", avec pour tremplin le film de Claire Denis « White Material » réalisé au Cameroun.
La conférence-débat qui a suivi la projection du documentaire s’est centrée sur les problèmes agricoles en République Démocratique du Congo. L’un après l’autre, les conférenciers ont dépeint la problématique liée au développement agricole au Congo.
L’introduction de la réalisatrice, Mme Claire Denis, s’est axée d’abord sur deux thématiques majeures : la persistance d’un esprit colonialiste dans certaines relations de la Belgique avec le Congo et sur la plantation du café et la difficulté dans les perspectives d’avenir. Elle a mis surtout l’accent sur l’énormité des potentiels agricoles et d’investissements au Congo dont l’agriculture est un secteur promoteur et d’avenir.
M. Louis Michel, Ministre d’Etat, Député européen, co-président de l'Assemblée parlementaire paritaire UE-ACP a développé le thème suivant : "De notre histoire commune, parviendrons-nous à une vision nouvelle de nos relations?". Il a dégagé d’abord les considérations générales sur les dépenses engagées comme fondement de l’agriculture ; le phénomène de mondialisation que l’Afrique doit tirer bénéfice ; l’illusion de faire de l’Afrique un espace d’agriculture de survie. L’Afrique devenant un enjeu économique, fera-t-il remarquer, tous les pays émergeant s’y intéressent. Plus particulièrement la Chine qu’il appelle à ses partenaires européens de cesser de critiquer sa présence au Congo. "On doit cesser de critiquer le fait que l’Afrique doit mettre en compétition le partenariat avec la Chine ". Il a en outre relevé les risques que comporte la manière dont la Chine organise sa coopération : risques d’endettement, d’épuisement des certaines richesses et d’exploitation. Le vrai problème des Européens, fera-t-il comprendre, "c’est les subventions accordées aux agriculteurs africains ". "Il n’y aura pas de développement en Afrique sans
le développement économique ".
Faisant état des certaines difficultés d’ordre divers rencontrées pour les investisseurs, il souligne que " le marché n’est vertueux que quand il y a des états". « En Afrique il y a des nations mais pas vraiment des Etats dans le sens absolu. Si le développement ne se fait pas, c’est à cause des dirigeants qui ne sont pas comptables de leur politique et qui se dédouanent de leurs échecs en les jetant sur les autres. Certains dirigeants croient qu’après les élections dites "démocratiques", ils peuvent se permettre tout ». On assiste alors à ce qu’il appelle "la tyrannie de la majorité ". Il l’a qualifié alors le Congo d’un "Etat autoritaire" .
Parlant de l’aide accordée à des états, il a exprimé le droit de celui qui apporte l’aide de réclamer des résultats. Le droit de résultats est une nécessité. Dans le cas du Congo, " même si M. De Gucht s’était mal exprimé là -dessus, il avait raison ". Il a néanmoins stigmatisé la relation de dépendance qui n’est pas une relation d’égal.
De son côté, le Prof. Eric Tollens, Bio-ingénieur, de la KUL, a étendu son apport sur le sujet ci-après : « Le développement agricole en RDC comme tremplin de décollage économique ? Le point sur la sécurité alimentaire et la compétitivité internationale. » Son verdict est implacable : « l’agriculture ne se porte pas bien…. Il y a une négligence de la part du gouvernement. Moins de 2% seulement du budget est accordé à ce secteur. C’est parmi le plus bas en Afrique. L’agriculture devenant alors une affaire des ONG….». Ce qu’il déplore aussi, c’est l’augmentation des importations des produits alimentaires au détriment de l’agriculture. Le sucre, l’huile de palme (le Congo était le premier exportateur de 1953 à 1964), le poisson, les abats, la viande bovine, sont importés.
Connu pour son franc-parler, le Professeur Tollens ne comprend toujours pas comment le gouvernement congolais manque de l’argent pour le développement de son agriculture. « Comment expliquer alors la commande de plus de 700 tracteurs qu’on va en définitive distribuer aux amis ?» Cette situation lui rappelle les années 1970 quand le défunt Litho a fait la même chose. Pour M. Tollens, le Congo n’a pas pour le moment besoin des tracteurs, mais des semences, de la fertilisation des terres et des infrastructures routières et autres moyens de communication pour l’évacuation de ses productions.
Il a relevé cependant des progrès au niveau gouvernemental. Il espère que l’adoption du code agricole par le Sénat, la détaxation de l’agriculture suite à la fiscalisation à outrance et la nouvelle loi foncière vont donner un coup de fouet au développement agricole.
Pour le Prof. Guy Mergeai, de l’Unité de Phytotechnie tropicale et Horticulture Gembloux Agro-Bio Tech et de l’Université de Liège, son point de vue sur le thème « La RDC, un scandale agronomique ? Potentialités et contraintes du secteur agricole » a conduit à émettre des considérations sur quelques craintes sur la stabilité politique, économique et fiscale qui constituent un environnement moins favorable aux investissements. Les infrastructures routières font défaut et l’important est leur réhabilitation. Il a épinglé également les tracasseries administratives qui handicapent la mise en place des circuits de production et de distribution.
M. Kristol Somers, directeur général de Somers Seeds, une entreprise familiale, a jugé important la production des semences agricoles pour un bon développement agricole.
Quant à M. Koen Lein, CDI Bwamanda, une structure axée sur les services médicaux et sociaux, l’important est la stabilité politique et économique. Egalement la stabilité des marchés. Les financements font défaut par manque de crédit.
Une rencontre-débat a été organisée pour la presse et les réseaux spécialisés ce mercredi 28 avril 2010 par le « Vlaams Audiovisueel Fonds avec comme thème : "Entreprendre en République Démocratique du Congo : l'agriculture comme axe de développement durable? ", avec pour tremplin le film de Claire Denis « White Material » réalisé au Cameroun.